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 Asphyxie

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Baba yaga
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MessageSujet: Asphyxie   Mar 12 Fév - 8:41


J’étouffe.

Mes lèvres desserrées avalent l’air de l’appartement, odeur permanente de cigarettes et d’enfermement. La soif me jette sur un verre, mais l’eau a le goût des villes, du rien, du vide. Par la fenêtre mon regard fuit le sol bétonné. Derrière ses vitres grises, d’autres solitudes se brisent.

J’étouffe.

Je me force à déglutir, le liquide à peine passé j’ai soif à nouveau mais la table est loin, le verre est haut. Mon cou me fait mal, des questions s’y logent en crispations pénibles. La tête est lourde, agitée, prête à exploser. J’aimerais disposer d’une ouverture facile pour la vider. Chaque jour je m’explore plus avant, à la faible lueur qui éclaire mes doigts, maladresse d’un chirurgien inexpérimenté, j’opère sous le flambeau dérisoire que sont les mots, les images, les pensées. A peine ai-je l’impression d’avoir écarté un voile qu’une tenture d’une épaisseur de sang m’ensevelit et me fige sous les plis visqueux des sentiments.

J’étouffe.

La nourriture est sèche et dure dans ma gorge, elle me fait tousser. J’ai soif. Je porte à ma bouche une cigarette, répit éphémère et je me surprends à brûler déjà mes lèvres au mégot, l’odeur est forte, j’aère, l’air extérieur se refuse à entrer, bloqué devant la porte-fenêtre pourtant grande ouverte et je reste prostrée dans la puanteur de mes débris dans le cendrier.

J’étouffe.

Chaque soir j’attends fébrile de clore la spirale de mes pensées, de rabattre enfin la trappe sur ce qui est caché. Au matin tout me revient, et ce que sera la journée, ce qu’il faudra affronter. J’ai soif. Silence. Ma gorge est fermée.

J’étouffe.

Le chauffe-eau qui se déclenche m’arrache un sursaut. Tout me fait tressaillir, mon corps est fatigué. Pourtant je ne fais rien, mes pas ne savent plus marcher. Je n’ai pas aujourd’hui l’attrait du dehors, je sens palpiter quelque part entre les murs les battements d’un cœur triste. Derrière la porte d’entrée, le long couloir à la moquette foncée se tient en embuscade, angoisse, pire encore l’ascenseur qui voudrait m’enfermer, je suis assise dans une pièce rectangulaire et fermée, boite entre des boites, cercueil imposé.
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Damona Morrigan
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MessageSujet: Re: Asphyxie   Mar 12 Fév - 10:22

Comme je connais cet enfermement...
Et une sorcière amie soudain te tend la main en t'incitant de grimper sur son balai magique. "Allons faire un tour toutes les deux, volons très haut au-dessus des nuages de coton et touchons le ciel"... "Allez viens Baba !"

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Asphyxie

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