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 La spirale de l'oubli Part 3

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Damona Morrigan
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Localisation : Dans la cabane de la sorcière blanche sur l'île d'Emeraude

MessageSujet: La spirale de l'oubli Part 3   Ven 18 Avr - 11:51

La spirale de l'oubli - Part 3


Plusieurs semaines s’étaient écoulées sans que rien ni personne ne perturbe le frère Daniel dans son labeur jusqu’à ce fameux jour où le prieur en personne vint frapper à sa porte. Le moine pensait que s’il allait l’ignorer son supérieur abandonnerait comme cela s’était déjà produit à plusieurs reprises auparavant. Mais hélas cette fois il n’avait pas le choix car le prieur insistait lourdement. Il frappait de plus en plus fort en élevant sa voix jusqu’à hurler son nom. Agacé, le frère Daniel déposa son pinceau, fonça vers la porte et l’ouvrit brusquement sur le visage déformé par la colère et l’exaspération du prieur qui ne mâcha pas ses mots.
- Frère Daniel êtes-vous devenu sourd ! J’ai besoin de vous et sur le champ !
La plupart de vos frères sont malades, ils se sont tous contaminés et les seuls qui restent debout sont trop occupés à leurs tâches et sont indispensables à la bonne marche du prieuré. Il n’y a que vous qui êtes en bonne santé et qui pouvez aller au village pour le réapprovisionnement. Nous manquons de tout, surtout de quoi manger, bientôt nous allons mourir de faim et de froid !
- Envoyez le frère boulanger après avoir fini ses pains, il a le temps lui, il ne fait rien d’autre de toute la journée et il s’y connait bien mieux que moi en ravitaillement, il est allé au village très souvent. Moi je… essayai d’objecter le jeune moine.
Le prieur en rage l’interrompit et lui cracha :
- Le frère boulanger après avoir fini son pain donne un coup de main au frère charpentier tandis que vous, vous vous préoccupez de rien d’autre que de ces fichus livres ! Si vous ne vous bougez pas dans les minutes qui suivent je vous préviens frère Daniel vous n’aurez plus rien à vous mettre sous la dent, ni de quoi vous chauffer. Celui qui n’est pas au service de la communauté n’obtient rien en retour de la communauté que ce soit bien clair. Avez-vous compris frère Daniel ? hurla le prieuré à bout de nerfs.
- Bien je vais me préparer, je descends dans quelques minutes conclut le jeune homme résigné.
Le prieur tourna les talons sans un mot de plus tandis que le jeune moine grommelait dans sa barbe vieille de quelques jours en s’agitant dans tous les sens dans un vacarme tel qu’on aurait cru qu’une dizaine de personnes s’apprêtaient à partir à la hâte. Il claquait les portes de son armoire, faisait grincer le tiroir de son chevet, donnait des coups de pied dans la male puis des coups de coudes dans sa chaise. Il n’en avait pas fini de ronchonner. Quel impertinence, quel culot, ce prieur, lui faire du chantage en le menaçant lui qui travaillait si durement. Comment osait-il s’en prendre à lui de la manière la plus abjecte qu’il soit. Il racontera tout à sa mère lorsqu’il rentrera pour les fêtes de fins d’années, la façon dont il est traité si injustement par ce vaurien de supérieur et ces fainéants de frères. Elle le défendra à coup sûr et ce scélérat de prieur verra à qui il à faire. Il ne viendra plus l’importuner ainsi après avoir été réprimandé par sa maman. Le frère Daniel se calma à cette idée et  se décida enfin à prendre la route du village. Sur le chemin il pensa que si le temps le lui permettait il irait faire un détour chez ses parents sans plus attendre pour se plaindre du mauvais traitement qu’on lui infligeait chez les moines de Luréalone.
Sur la grande place du village un grand nombre de personnes s’activaient à leurs tâches respectives dans une ambiance bonne enfant d’une journée prometteuse de partage et de joie. Le frère Daniel observait les va et viens des marchands venus des quatre coins du pays, les artistes de rue en train de répéter leurs numéros, des musiciens qui jouaient  de leurs instruments pour encourager tout ce beau monde en effervescence. Sa colère avait disparu. On lui souriait à son passage. Il sentait monter en lui un sentiment de joie qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps. Il s’arrêta devant la boutique du vieux  Elmar et entra.
- Bonjour, je viens pour le ravitaillement lança-t-il en refermant la porte derrière lui. Y a-t-il quelqu’un ? se décida-t-il à demander au bout d’un moment.
Ennuyé de ne trouver personne pour le servir et  étant de nature impatiente, il s’aventura dans l’arrière-boutique dans l’optique de prendre soi-même la commande passée par son supérieur. Il ne tarda pas à tomber sur l’imposant chargement prévu pour le prieuré de Luréalone et il s’activa non sans maugréer pour l’amener en quelques aller retours jusqu’à sa vieille charrette. Il pensait tout bas qu’elle n’allait jamais tenir sous le poids et risquait de rendre l’âme sur le chemin. Il espérait fortement que non. Perdu dans ses pensées comme à l’accoutumée il n’avait pas senti  la présence du marchand. Elmar le surveillait depuis son comptoir en affichant un air consterné.
- Etes-vous du prieuré de Luréalone ? arriva à lâcher le commerçant au dernier passage du moine Daniel.
- Oui. Oh, euh, j’ai tout pris. Euh… comme je n’ai vu personne je me suis servi car j’ai encore pas mal de choses à faire moi. Je n’ai pas tout mon temps à perdre à attendre que l’on veuille bien s’occuper de moi répondit-il d’un ton sarcastique.
- Bien frère… Je ne me rappelle pas avoir eu l’honneur de faire votre connaissance, vous n’êtes pas celui qui vient d’habitude dans ma boutique, ni l’un de ses remplaçants, ils ne sont pas si pressés eux  rétorqua Elmar quelque peu irrité.
- C’est le prieur qui m’a arraché à mon travail, il estime qu’il est beaucoup plus important de s’occuper du réapprovisionnement, et puisqu’il y a tant de malades, de pauvres petits moines souffrants au sein du prieuré il a jugé bon d’envoyer le frère le plus acharné, un bosseur qui n’a pas de poils dans la main, un…
- Elmar leva les yeux au ciel en pensant que si le Seigneur entendait ces mots qu’il lui pardonne et le coupa net alors que le moine reprenait son souffle en lui réclamant sa signature sur le registre des comptes.
Le frère Daniel s’exécuta et se rua à l’extérieur de cette satanée boutique en jurant qu’il n’y mettrait plus les pieds avant fort longtemps. Il vérifia si les caisses et tonneaux étaient bien calés, les couvrit d’une bâche et serra les sangles pour être certain de ne rien perdre en cours de route. Il s’installa et ordonna à son bœuf de bouger son arrière train en l’encourageant vivement d’avancer au plus vite. Alors qu’il retraversait la place en sens inverse, il fut attiré par une voix qui lui semblait familière. Elle racontait une histoire. Il était trop loin pour comprendre alors il décida de s’en approcher tout comme l’avait fait une petite foule de curieux avant lui. Il laissa sa charrette et se faufila entre les gens, petits et grands jusqu’à ce qu’il découvrit le visage de cette femme. Sa prêtresse. Le loup ne l’avait donc pas poursuivi, ni manger. Un sourire se peignit sur ses lèvres. Il était heureux. Malgré qu’il ait loupé le début du récit, le frère Daniel fut emporté dans le monde magique de l’histoire et ne laissait échapper aucun détail de l’aventure que leurs contait cette mystérieuse femme. Lorsque la fin fut révélée il y eut un silence, rompu petit à petit par des applaudissements et des cris devenus de plus en plus considérables. Le moine se joignit à eux et en l’espace de quelques minutes il sentit son cœur cogner dans sa poitrine à l’idée qu’il aurait lui aussi aimer monter sur les planches, être un artiste reconnu et admiré. Il soupira. Alors qu’il regagnait sa bonne vieille charrette, son bœuf, l’esprit encore à moitié dans la lune, une main agrippa son épaule et l’extirpa complètement de ses rêveries.
- Vous ! Ici ! Mais par quelle magie vous a-t-on fait sortir de votre tanière ! Je suis contente de vous revoir et je suis surprise que vous ayez pris le temps d’écouter une de mes histoires l’interpela la conteuse.
- Oui, je passais par-là par hasard, enfin non pas vraiment c’est que je viens de chercher les provisions pour le prieuré et je vous ai entendu, votre voix, j’ai…Je l’ai reconnu… balbutia-t-il confus et gêné.
- Qu’en pensez-vous ? l’interrogea-t-elle. L’avez-vous aimé ?
- Oui bien sûr que oui. Vous devriez l’écrire, oui la mettre dans un livre votre histoire, peut-être en avez-vous d’autres, oui ce serait bien de les mettre par écrit et ainsi beaucoup plus de personnes pourraient en profiter. Et cela vous rapporterait des sous que vous pourriez investir dans la production d’un plus grand nombre de livres et…
- Oh vous allez bien loin dans votre pensée mais je prends vos dires comme un compliment merci Drusdan le freina dans son élan la jeune femme.
Ne sachant plus ou se mettre, étant terriblement embarrassé, le frère Daniel préféra reprendre le chemin du retour se rappelant soudain qu’il s’était trop attarder au village et qu’il ne lui serait plus possible de faire un crochet chez ses parents. Il la salua brièvement sans oser la regarder pour cacher sa grande timidité que dévoilait le feu qui brûlait ses joues et s’en alla en direction du prieuré de Luréalone.

A mi-chemin, le frère Daniel fît une halte pour vérifier son chargement. Alors qu’il tirait sur les sangles pour les resserrer il scruta le ciel. De lourds nuages menaçants s’accumulaient au loin et annonçaient une grosse tempête.  Un vent froid s’était  levé brusquement et faisait trembler la forêt toute entière de son souffle toujours plus puissant. Le moine savait qu’il n’atteindrait pas le prieuré avant que l’obscurité lui barre la route et que la colère du ciel ne s’abatte sur lui, sur son bœuf et les provisions. Il lui fallait un abri. Le temps lui était compté. Mais où trouver refuge dans les bois s’interrogea-t-il tout autour de lui il n’y avait rien qui pourrait le sauver. Encore il se trouvait dans une fâcheuse situation et, comme il ne savait pas contenir sa colère et garder son sang-froid, il se remit à jurer en tapant des poings sur sa charrette. Tout le monde y passa surtout le marchand puis la prêtresse, c’était bel et bien de leurs fautes qu’il avait pris ce retard, sans eux il serait déjà bien plus loin, hors de la forêt voir même dans la cour intérieure du prieuré. Ayant déversé toute sa rage, évitant de s’en prendre à son dieu de peur de l’offenser et d’attirer davantage son courroux, il se força à se calmer. Il n’avait pas le choix. Il fallait continuer la route, peu importe les conditions dans lesquelles il devrait le faire. Le frère Daniel s’arma de courage et reprit place sur sa charrette. Un éclair sillonna le ciel. Dans la lumière brève le jeune moine crut voir une bête à quelques mètres devant lui au beau milieu du sentier. Il pensa pourvu que ce ne soit pas un loup, le loup gris qu’il avait trouvé sur son chemin lors de sa première sortie pour l’abbaye Saint Mickaël. Il chassa cette idée de son esprit et ordonna à son bœuf de reprendre la route. Son bœuf ne bougea pas. Le frère Daniel avait beau essayé de toutes les manières possibles fortes ou douces à le faire avancer, il n’y avait rien à faire l’animal était comme paralysé. C’en était trop. Cette fois n’en pouvant plus il hurla de toutes ses forces les poings levés vers le ciel prêt à défier le tout puissant. Et son dieu ne se fit pas prier. Le tonnerre éclata en réponse à sa menace et avant que le moine n’ait engagé les hostilités il fut terrassé par des trombes d’eau d’une violence incroyable. C’est alors que surgit de nulle part sa prêtresse.
- Venez Drusdan il ne sert à rien de vous époumoner de cette façon contre les lois de la nature, allez faites-moi une place et je vous guiderai hors de danger lui proposa-t-elle.
- Je veux bien mais il faudrait que cet imbécile d’animal sorte de sa transe et veuille bien nous y amener objecta le jeune moine.
A ces mots, elle sauta de la charrette et se dressa face à l’animal. Elle prit la tête du pauvre bœuf entre ses mains et déposa doucement son front contre le sien en fermant les yeux. Elle regagna sa place aux côtés du frère Daniel qui se demandait à quoi rimait ce cirque et le pressa de suivre ses instructions. Ce que le moine fît sans discuter car le bœuf, aussitôt appelé à se remettre en marche c’était, par il ne sait quel miracle, décoincé et progressait rapidement malgré le temps exécrable. Bientôt ils atteignirent la demeure de la prêtresse bien cachée entre les vieux arbres de la forêt. C’était une maison aménagée dans les ruines de pierres d’une chapelle abandonnée. Tandis que le frère Daniel s’occupait à mettre son bœuf, sa charrette et les provisions à l’abri de la pluie et du vent, la prêtresse s’empressa de faire un feu pour y réchauffer une bonne soupe. Elle se changea et chercha une couverture. Lorsque le moine entra elle lui demanda d’ôter ses vêtements pour les faire sécher. Grand timide qu’il était, il n’osa pas se dévêtir et se contenta de passer la couverture autour de lui car il grelottait de froid. Ainsi, ils firent un peu mieux connaissance et passèrent le temps à parler de choses et d’autres jusqu’à ce que la tempête s’éloigne. Le frère Daniel prit congé de sa prêtresse et repartit par le sentier jusqu’au chemin qui l’amena saint et sauf au prieuré.

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lutece
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MessageSujet: Re: La spirale de l'oubli Part 3   Ven 18 Avr - 20:19

Colérique et un peu godiche, notre frère Daniel, hein? Elle est vraiment prenante cette histoire, j'aime beaucoup! Bravo ! Merci ! Bisou de coeur 

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...l'essentiel est invisble...
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Damona Morrigan
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MessageSujet: Re: La spirale de l'oubli Part 3   Sam 19 Avr - 15:58

Oui Lutèce il l'est Wink Merci de me lire  Very Happy sunny 

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Dark-Phoenix
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Localisation : Here

MessageSujet: Re: La spirale de l'oubli Part 3   Lun 5 Mai - 22:45

Mais que va t'il donc se passer?
Je vais lire de suite le prochain épisode Smile

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Le temps défile si vite, comme le sable entre tes doigts, il me fait si peur, je ne peux plus avancer, Bientôt, il sera trop tard, je serais ensevelie, ces lieux seront mon tombeau. Ô, éternité, je voudrais encore courir après tes pas.

Hier 17/01/2012, j'ai tué deux monstres en 1.
Dark-Phoenix
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