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 Lune T2/Chapitre 10

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quelemondeestbeau
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Date d'inscription : 30/04/2011
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MessageSujet: Lune T2/Chapitre 10   Ven 22 Aoû - 20:57

X.
Le Château du Val d'Argent


Colin replia lentement la carte, les yeux toujours fixés sur le bâtiment en face de nous. Nous nous étions tous stoppés devant l'imposant château, stupéfiés autant par sa beauté et par sa résistance au temps. Les pierres étaient encore très blanches et le bois clair n'avait pas noirci avec les années. Pourtant, j'avais la certitude que plus personne ne vivait là ou ne l'entretenait, si ce n'étaient les araignées. Plus personne n'avait le courage de traverser cette épaisse forêt pour aller au port ou au marché. Les feuilles des arbres tout autour du château avaient pris la couleur lunaire, se parant d'un élégant gris que le soleil faisait briller.
Je fus la première à réagir et à m'avancer à pas mesurés vers l'entrée, bientôt suivie par le reste des hommes. J'allai poser ma main à plat sur la porte épaisse, caressant des doigts le vieux bois qui semblait n'avoir pas plus de deux ans alors qu'il avait sûrement vécu des siècles entiers. De l'index, je suivis le contour de la serrure à peine rouillée et tournai la poignée dorée. La porte s'ouvrit sans grincer, donnant accès à une jolie cour intérieure, où poussaient palmiers et fleurs exotiques.
Nous pénétrâmes dans cette cour, un par un, sans parler ou émettre un seul commentaire. Un calme apaisant régnait dans cet endroit.

- Nous devrions commencer les recherches, souffla Dirk sans oser parler plus fort.

Nous hochâmes tous la tête, sans cependant commencer les recherches. En contemplant cette cour ombragée par les feuilles des arbres, je me mis à imaginer la Reine déambulant gaiement, accompagnée de son jeune frère – qui n'était pas encore devenu le sombre capitaine du Lost Soul. Je tendis la main vers une fleur rouge vermeil et laissai glisser mes doigts sur ses pétales de velours.
Cet endroit, comme la chambre funéraire de la Reine dans le temple de la Lune, avait cette majesté tranquille, dans laquelle ne brillaient ni dorures ni pierreries trop voyantes. Tout était discret, mais élégant. J'aurais facilement pu vivre ici.

- Colin et Elijah, finis-je par dire après avoir bien observé la cour, fouillez la partie est du premier étage.

Dirk décida ensuite que Victor et Edmund – le médecin du Cœur – s'occuperaient de la partie ouest. Il se proposa pour fouiller la partie est du second étage. Je me tournai vers Alexander :

- Tu préfères fouiller la partie ouest ou est ?
- Tu crois vraiment que je vais te laisser t'aventurer seule dans un château abandonné ? répliqua-t-il.
- Que devons-nous chercher exactement ? demanda Elijah.
- Je ne sais pas, avouai-je. Si vous trouvez quelque chose qui pourrait être un indice, venez me voir.

Les pirates opinèrent du chef et se mirent au travail. Alexander et moi prîmes les escaliers conduisant au second étage et nous rendîmes dans la partie ouest, qui se trouvait être la partie des chambres des membres de la famille royale. Nous fouillâmes une première chambre, décorée dans les tons bleus et blancs. De jolis coquillages, sûrement récupérés sur une plage cubaine, ornaient les commodes en bois clair. Dans cette chambre, nous ne vîmes rien de particulier et déduisâmes que l'indice ne s'y trouvait pas.
Pendant que nous effectuions nos recherches dans une deuxième chambre, Alexander me dit :

- Je suis désolé pour ce que je t'ai dit mais...
- Alex, arrête.
- Je ne veux pas que tu crois que je fais ça pour te laisser tomber.
- Je ne crois pas ça. Tu as raison sur le fond : Spark est sans doute en danger de mort. Son sauvetage passe avant. (Je désignai un meuble du bras.) Regarde dedans.

Alexander s'exécuta.

- Une fois à Hispaniola, tout rentrera dans l'ordre.

Je cessai de chercher et le regardai. Il sentit mon regard dans son dos et cessa à son tour.

- Un problème ? supposa-t-il.
- Je ne rentrerai peut-être pas à Hispaniola. Du moins, pas tout-de-suite.

Je jetai un œil vers la porte ouverte de la chambre.

- Je me suis attachée au Cœur et à son équipage. J'aimerais rester avec eux en tant que pirate.
- Tu te souviens de ce que je t'ai dit à Hispaniola, dans la crique ?
- Tu m'as dit beaucoup de choses ce jour-là.

Il s'appuya contre la commode avec un sourire sur les lèvres, repensant sûrement à ce jour qui avait scellé notre destin.

- J'irai où tu iras.
- Il n'y a rien dans cette chambre, fis-je après un long silence. (Je me dirigeai vers la porte.) Allons dans la chambre à côté.

Alexander hocha la tête et me suivit tandis que je quittais la chambre. Lorsque je posai la main sur la poignée de la porte de la troisième pièce, j'eus un vif mouvement de recul, comme si on m'avait violemment frappé. Cette réaction brusque alarma Alexander qui se précipita vers moi. Je l'écartai et ouvrai la porte en grand. Ce que j'y découvris me stupéfia.

- Je connais cet endroit, murmurai-je en pénétrant dans la pièce.

Je m'avançai jusqu'au centre de la chambre, observant chaque coin attentivement. Aucun élément ne m'était inconnu alors que je n'étais jamais venue à Cuba et encore moins dans le Château du Val d'Argent.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je connais cette chambre. C'était celle de la Reine de la Lune... Cette commode (Je désignai le meuble.) a été offerte à la Reine le jour de sa naissance. Le rideau du lit à baldaquins a été ajouté après, lors du dixième anniversaire de la Reine. Le tapis et les guéridons appartenaient à sa grand-mère.

Alexander me fixa avec étonnement.

- Il y a une étoile gravée au couteau sur le côté droit du bureau et un croissant de lune sur le côté gauche. Elle entassait des feuilles de papier et des plumes dans ce tiroir et, dans celui-ci, elle avait l'habitude de cacher des confiseries. Sous cette latte de plancher, elle dissimulait ses bijoux car elle craignait qu'on les lui vole.
- Comment sais-tu tout ça ?
- Je... Je n'en sais rien...

Je m'approchai de la commode, sur laquelle avaient été entassés coquillages et petites perles.

- Les coquillages ne viennent pas tous des plages cubaines. Certains viennent des Petites Antilles et d'autres des côtes américaines. (Je pris une perle noire dans ma main.) Cette perle lui a été offerte par son fiancé qui n'était autre que...

Je me tus et lâchai brutalement la perle. Je tâchai de me ressaisir et ramassai la perle, que je reposai sur la commode au milieu des autres.

- Qui était son fiancé ? me demanda Alexander dans mon dos.
- C'était Victor.
- Ce qui voudrait dire que Victor a plus de cent ans... Comment est-ce possible ?
- Ça fait très longtemps que je ne me pose plus ce genre de questions, déclarai-je en m'asseyant sur le lit double. Par contre, j'aurais quelques questions à poser à Victor.

Je m'allongeai sur le lit. J'eus l'impression étrange de reconnaître cette sensation de confort particulière, comme si je m'allongeais sur le sable chaud. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Je n'avais jamais vu cette chambre de ma vie et pourtant, j'en connaissais les moindres secrets.
Je posai mes mains sur mon ventre, les yeux rivés au baldaquin gris perle du lit. J'avais la sensation d'avoir regardé ce baldaquin tous les soirs avant de me coucher. Je pouvais suivre du regard les coutures presque invisibles et je savais même qu'il y avait un léger accroc sur le coin gauche, juste au-dessus de l'oreiller. Je cherchai l'accroc des yeux, sans le trouver. Je savais qu'il devait y être, sans pouvoir cependant l'expliquer.

- Quelque chose a changé, dis-je en cherchant toujours l'accroc.
- Comment peux-tu savoir que quelque chose a changé alors que tu n'es jamais venue ?

Je ne répondis pas à sa question et me mis debout sur le lit.
Excusez-moi, majesté, mais cette absence d'accroc m'inquiète.


- Qu'est-ce que tu fais ? m'interrogea Alexander en m'observant.

Je passai mes doigts sur les coutures, à la recherche de l'accroc.

- Un jour, la Reine a arraché sans le vouloir une couture, ce qui a créé un défaut sur le baldaquin. Il n'a jamais été corrigé. Pourtant, je ne le vois pas.
- Tu es sûre de ce que tu avances ?
- Certaine.

Je tâtai du bout des doigts l'endroit exact où il aurait dû se trouver. A cet endroit précis, je sentis une légère bosse sous mes doigts. Quelque chose avait été caché dans la doublure du baldaquin, là où aurait dû être l'accroc.

- Donne-moi ta dague. (Alexander s'exécuta sans poser de questions.) Je suis sûre que...

Je coupai les coutures à l'aide de la dague et déchirai ensuite la doublure. Avec précaution, je passai ma main dans la doublure et sentis un objet en bois à l'intérieur. Alexander monta à son tour sur le lit, me faisant perdre momentanément l'équilibre. L'objet glissa de sa cachette et alla rouler sous un guéridon.

- Mince ! Je l'ai laissé tomber ! m'écriai-je.
- Où est-il tombé ?

Je montrai le guéridon du doigt. Alexander sauta du lit et s'agenouilla devant le petit meuble. Il plongea son bras sous le meuble. Pendant ce temps, je retins mon souffle. Cet objet pouvait être un objet sans intérêt... ou notre second indice.

- Je l'ai !

Il ramena lentement son bras et ouvrit la main, dévoilant l'objet qui avait été caché dans le baldaquin. Il lâcha un cri de surprise. Je descendis du lit et le rejoignis devant le guéridon pour observer cet objet. Objet que nous connaissions tous les deux très bien : c'était la sirène en bois qu'Alexander avait sculptée à bord du Lost Soul. En tombant, elle s'était cassée exactement au même endroit que lorsqu'il l'avait fait tombée dans le sinistre navire.

- Je croyais qu'elle avait coulé avec le bateau... murmura Alexander.
- Je le croyais aussi.

Je pris la petite sirène dans ma main.

- C'est forcément le deuxième indice, ajouta-t-il.
- Si c'est le cas, cet indice ne peut représenter qu'un seul endroit.

Alexander soupira en se relevant.

- J'aurais préféré ne jamais y remettre les pieds.
- Je pense que nous n'avons pas le choix, déclarai-je. Nous devons alerter Dirk.

Nous sortâmes de la chambre, la mine sombre, et nous rendîmes dans la cour. Là, nous trouvâmes une cloche à côté de l'entrée. Alexander la fit résonner, troublant l'éternelle quiètude du lieu. Les pirates comprirent rapidement le signal et interrompirent leurs recherches pour nous rejoindre. Dirk fut le dernier à arriver.

- Vous avez trouvé quelque chose ? demanda-t-il avec impatience.
- Oui, mais ça risque de ne pas vous plaire, avouai-je.

Alexander sortit la sirène en bois de sa poche et la montra à tous les hommes présents. Les plus réactifs se contentèrent d'observer la sculpture avec curiosité, les plus passifs ne firent rien du tout.

- C'est une sirène en bois, commenta Elijah.
- La personne qui l'a sculptée est plutôt douée, ajouta Colin.
- C'est moi qui l'ai sculptée, fit Alexander.

Quelques pirates le félicitèrent pour son habilité. Lui balaya les compliments d'un revers de la main. Ce n'était vraiment pas le bon moment.

- Ce n'est pas une simple sirène en bois, reprit-il. Elle n'aurait pas dû se trouver là.
- Comment ça ? demanda un pirate.
- Cette sculpture a coulé avec le Lost Soul lorsque le Cœur des Caraïbes l'a attaqué.

Le mot « magie noire » circula parmi les pirates. Certains en frissonnèrent. Edmund fut le plus pragmatique :

- Je suppose qu'il s'agit de notre deuxième indice.
- Oui, affirmai-je.
- Et pourquoi est-ce que cela risque de ne pas nous plaire ?

Je pris une grande inspiration avant de reprendre :

- Cette sirène ne peut conduire qu'à un seul lieu : la Baie de la Mort.

Un silence de mort s'abattut sur nous. Dirk s'avança vers moi.

- Petite, tu es vraiment sûre que c'est là que nous devons aller ?
- Alexander a sculpté cette sirène lorsque nous allions à la Baie. Quand le Lost Soul y a jeté l'ancre, le Cœur l'a coulé. La sirène aurait dû avoir coulé avec.

Dirk hocha la tête avec gravité. Il se tourna ensuite vers ses hommes.

- Retournons au port.

Les pirates quittèrent un à un la cour, sans rien dire. Les jeunes recrues de Port-Royal avaient entendu d'horribles histoires sur la Baie de la Mort et l'idée d'y aller les paralysaient. Ceux qui y avaient déjà été savaient que peu en revenaient.
Lorsque Victor passa près de moi, je l'arrêtai.

- J'aimerais vous parler.
- Pour une fois que ce n'est pas moi qui veux te parler, ironisa-t-il.
- Vous étiez le fiancé de la Reine.

Il cessa d'afficher ce sourire assuré que je connaissais par cœur.

- Comment le sais-tu ?
- Peu importe. (Nous marchâmes un temps en silence derrière les autres.) Quel âge avez-vous, Victor ?
- Je vais sur mes cent cinquante cinq ans.
- Cent cinquante cinq ans ? répétai-je lentement, sans pouvoir y croire.

Victor regarda devant lui, sans me voir.

- J'avais vingt-quatre quand elle est morte. Ma vie a retrouvé un sens dans ma cent trente huitième année : l'année de ta naissance.
- Vous l'aimiez, n'est-ce pas ?
- Plus que tout au monde.

Je repensai à la discussion que nous avions eue sur le nid-de-pie, quelques jours plus tôt, et à cette impression qui me suivait depuis que je l'avais rencontré.

- Quand je suis entrée dans la chambre de la Reine, racontai-je, j'ai eu la sensation de déjà connaître la chambre. J'ai la même sensation avec vous.
- Je sais pourquoi tu as cette sensation, mais je n'ai pas le droit de te le dire. Lucy me l'a fait promettre.
- Lucy, c'est le nom de la Reine, n'est-ce pas ?

Il acquiesça avec un sourire mélancolique. Cette nostalgie sur le visage lui allait beaucoup mieux que son apparente assurance. A cet instant, je compris que cette espièglerie qu'il affichait toujours sur lui n'était qu'une carapace destinée à cacher son profond chagrin. Je sentais que la blessure ne s'était pas encore refermée.
Il ne restait que six mois avant notre mariage. J'avais tellement hâte de l'épouser...
Après cette dernière confession, Victor ne prononça plus un mot, plongé dans ses souvenirs heureux avec la Reine de la Lune. J'observai son profil et remarquai qu'une de ses cicatrices avait la forme d'un croissant de lune.

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Damona Morrigan
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MessageSujet: Re: Lune T2/Chapitre 10   Ven 5 Sep - 10:03

Superbe cette histoire je l'aime beaucoup. J'attends la suite avec impatience ma petite Bo Love ! Love ! Love !

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quelemondeestbeau
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MessageSujet: Re: Lune T2/Chapitre 10   Ven 5 Sep - 10:20

Merci Very Happy

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MessageSujet: Re: Lune T2/Chapitre 10   

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Lune T2/Chapitre 10

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