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 Lune T2/Chapitre 11

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quelemondeestbeau
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MessageSujet: Lune T2/Chapitre 11   Ven 5 Sep - 10:27

XI.
Les choses que l'on déteste


La veille de notre départ pour la Baie de la Mort fut une journée lourde, autant au niveau du climat que de l'ambiance sur le bateau. Nous n'étions qu'au deuxième indice et ce dernier nous conduisait directement à la mort. Du moins, c'était ce que pensaient les membres de l'équipage. Nous avions mis plus de temps pour revenir du château, malgré la lumière du jour et le désir de quitter la forêt. Les cœurs avaient été lourds pendant tout le voyage.
Les trois pirates qui étaient restés sur le Cœur ne furent pas ravis d'apprendre notre destination. Jonathan signala que c'était néanmoins le seul moyen de sauver Spark. Les deux autres pirates – tous les deux originaires de Port-Royal – n'avaient cependant pas particulièrement envie d'aller au-devant de la mort pour sauver un capitaine qu'ils ne connaissaient ni d'Eve ni d'Adam. En un sens, je les comprenais. Personne n'accepte de risquer la mort pour un parfait inconnu.
Les pirates erraient sur le navire, certains quittaient le pont et partaient dans les bars pour s'enivrer une dernière fois avant de mourir. Leur peur était si palpable qu'elle déteignit sur moi. Bientôt, la peur me serra le cœur également, sans que je puisse la contrôler. J'essayais de me rassurer en me disant que j'avais quitté cet endroit vivante et que je serai capable de réitérer cet exploit. Néanmoins, les sirènes de la Baie de la Mort n'avaient rien d'amical. Lyrina se trouverait sûrement parmi elles.
Assise contre le bastingage, je lisais, comme à mon habitude. C'était ainsi que je passais le mieux le temps. Il nous restait vingt-quatre heures avant de partir pour la Baie. Vingt-quatre heures avant de naviguer vers la mort.
Jonathan vint s'asseoir à côté de moi et posa ses coudes sur ses genoux. Il était le seul à garder le sourire malgré les circonstances.

- Vous n'avez pas peur ? lui demandai-je.
- S'il nous faut aller à la Baie de la Mort pour sauver Spark, alors non, je n'ai pas peur. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour l'aider.
- Vous avez l'air tellement attaché à lui.

Il sourit et se mit en tailleur.

- Quand nous étions enfants, il m'a sauvé la vie. Je me suis retrouvé malgré moi dans une bagarre avec des jeunes du quartier. Si Spark n'était pas intervenu, je ne serai sûrement pas là, aujourd'hui, pour te raconter ça.
- Vous vous connaissez depuis l'enfance ? m'étonnai-je. Vous devez être de très bons amis.
- Nous sommes bien plus que ça, lui et moi.

Jonathan détailla le navire du regard sans se départir de son sourire. Près de nous passèrent Timothy et Aidan, les deux jeunes qui avaient gardé le bateau pendant notre expédition jusqu'au Château du Val d'Argent. Ils s'entretenaient à voix basse sur les sombres légendes qui entouraient la Baie de la Mort. Je soupirai. Ce qu'ils racontaient et qui les remplissaient d'horreur était bien moins terrible que ce qui se passait vraiment là-bas. Mieux valait ne rien leur dire pour ne pas les voir fuir.

- Spark et moi partageons le même sang, reprit Jonathan. C'est mon frère aîné.
- Je comprends mieux votre engouement à le retrouver maintenant.
- Il m'a sauvé la vie par le passé. C'est à mon tour de l'aider à présent. C'est pour cette raison que je n'ai pas peur des sirènes et de leurs terribles châtiments. La vie de mon frère est en jeu.
- Moi, j'ai peur, avouai-je, les yeux posés sur mon livre. J'ai peur de retourner là-bas, peur que l'un d'entre vous meurt. J'ai peur de mourir avant d'avoir trouvé le troisième indice.

Peur de retrouver Lyrina...

Jonathan passa son bras autour des mes épaules.

- L'équipage du Cœur te protègera. Tu en fais partie à présent.
- Il y a un an, je détestais les pirates et leur manière de vivre. Je détestais la mer car elle m'avait volé mon père. Je détestais les aristocrates et les gens de mon quartier.
- Moi, je détestais mon frère il y a un an.

Je me tournai vers lui, surprise. Jonathan affichait une expression mi-coupable, mi-soulagée.

- Vous détestiez Spark ?
- Il avait tout ce que je n'avais pas. Il était l'aîné, destiné à devenir le capitaine du bateau de notre père. Il était courageux, perspicace et avait ce culot que j'aurais aimé avoir. Les femmes lui couraient après et les hommes n'osaient pas le provoquer en duel car son habilité au combat était connue de tous. Oui, Leanne, je détestais James, mon propre frère.
- Qu'est-ce qui vous a fait changer ?
- Qu'est-ce qui t'a fait changer, toi ?

J'appuyai ma tête contre le bastingage et réfléchis.

- J'ai compris que chaque chose que je détestais avait ses bons et ses mauvais côtés mais que les bons étaient souvent plus nombreux que les mauvais.
- C'est exactement ce qui m'a fait changer. J'ai compris que Spark avait tout ce que je voulais mais qu'il avait aussi des traits de caractère que je ne lui enviais pas. Il était impulsif et irréfléchi dans ses actions. Quand j'ai compris ça, je me suis mis à chercher ce qu'il y avait d'enviable chez moi.
- Et qu'avez-vous trouvé ?
- Un talent hors pair en ce qui concerne le tir au pistolet, se réjouit-il. Personne ne vise aussi bien que moi. (Il se tut un instant.) Et toi ?

J'inspirai l'air iodé en repensant aux événements de l'année passée, à tout ce que j'avais compris et qui m'avait fait changer. Je n'avais plus été la même après le voyage jusqu'au temple de la Lune.

- Je détestais les pirates et leur manière de vivre, j'ai découvert des pirates bien plus agréables que certains officiers de la marine britannique. Je détestais la mer, je l'ai aimée dès l'instant que je l'ai chevauchée. Je détestais les aristocrates, j'ai appris que mon père était un ancien aristocrate qui avait tout quitté par amour.
- Parfois, il suffit de côtoyer ce que l'on déteste pour apprendre à l'aimer.

Nous observâmes le pont en silence, méditant ce que Jonathan venait de dire. Il n'avait pas complètement tort. Cependant, il y avait des personnes que je détestais et que, bien que les ayant côtoyées, je n'avais jamais réussi à aimer. Je pensais à Lugh, le détestable rouquin, le capitaine du Lost Soul, qui avait failli tuer mon père et Alexander, Krater... Ces personnes ne pouvaient tout simplement pas être aimées.
Jonathan posa les yeux sur mon livre.

- Il te plaît ?
- Beaucoup. J'apprécie vraiment le style de l'auteur.
- Qu'est-ce qu'il raconte ?

Du doigt, je caressai la tranche épaisse du livre avant de poser la paume de ma main sur la couverture en très bon état.

- C'est l'histoire d'un homme qui se retrouve seul sur une île déserte. Il est le seul rescapé d'un naufrage et il doit apprendre à survivre par ses propres moyens.
- Cet homme a beaucoup de courage, commenta Jonathan.

Je souris à cette remarque un peu enfantine.

- Tu passes tout ton temps à lire, n'est-ce pas ?
- Pas tout mon temps, corrigeai-je. Mais j'essaye de lire le plus possible. Je n'imagine pas ma vie sans les livres. C'est mon père qui m'a appris à lire.

Le pirate prit délicatement le livre dans ses mains et l'ouvrit à la page du titre. Il observa les lettres imprimées avec découragement.

- James et moi n'avons jamais appris. Mon père préférait nous apprendre à faire des nœuds marins ou à gréer correctement un navire. Aujourd'hui, nous sommes sans cesse en mer, je n'ai pas le temps d'apprendre. (Il soupira en haussant les épaules.) La lecture est un plaisir inaccessible pour moi.

Son aveu me toucha et me fit prendre conscience d'une chose : à bord du Cœur, j'étais l'une des seuls à savoir lire. J'étais une privilégiée parmi les pirates. Savoir lire m'apportait un avantage considérable sur la plupart des flibustiers.

- Je serai incapable de vous apprendre mais je pourrais lire à voix haute. La lecture ne vous serait plus inaccessible.
- Tu accepterais ? m'interrogea Jonathan, une lueur dans les yeux.
- Je peux commencer dès maintenant. Le bateau est à quai et nous ne partons pas avant demain matin.

Jonathan s'apprêtait à répondre lorsque son regard fut arrêté par quelque chose. Je suivis son regard. Dirk se tenait près de nous, Blake sur son épaule. Son visage affichait un léger sourire.

- Nous en reparlerons plus tard, déclara Jonathan avant de se relever. Merci beaucoup, Leanne.

Je l'observai partir vers la cale et me levai à mon tour.

- De quoi avez-vous parlé ? demanda Dirk en s'appuyant au bastingage. Il a l'air heureux.
- Je lui ai promis que je lui lirai mes livres à voix haute.
- Il a toujours été fasciné par les livres même s'il ne peut les lire. C'est gentil de ta part.
- C'est normal.

Nous nous tûmes un instant, les yeux sur l'horizon. Dirk reprit :

- J'ai discuté avec les membres de l'équipage de notre destination. Ils refusaient catégoriquement d'y aller jusqu'à ce que je précise que tu étais sûre de ce que tu avançais. Les hommes ont confiance en toi. A dire vrai, ils ont plus confiance en toi qu'en moi.
- J'ai un statut particulier à bord de ce navire. Je suis la fille de l'équipage.
- Ce n'est pas que ça, Leanne. Pour les pirates, avoir une femme à bord porte malheur. Ils t'ont acceptée dès le début. Il y a... quelque chose en toi. Quelque chose de différent.

Je lui adressai un regard dubitatif.

- Regarde ce pont, (Je m'exécutai.) regarde ces hommes qui te sourient et te saluent. Ils t'écoutent sans jamais broncher et t'obéissent sans discuter. Ils ne t'ont jamais vue comme une fille d'Hispaniola, mais comme une des leurs. Tu as une âme de capitaine.
- J'aime profondément ce bateau, son équipage et les hommes qui le constituent. A chaque fois que je prends une décision, j'ai peur de les décevoir.
- Diriger un équipage, c'est comme faire un combat à l'épée, déclara Dirk avec douceur. Il ne faut jamais douter de ses choix ou ils se retournent contre nous.

Je balayai le pont des yeux, détaillant chaque pirate avec attention. Ils me faisaient confiance. Ces hommes, ces hors-la-loi, me faisaient confiance et ne discutaient pas mes décisions. Ils étaient prêts à mourir pour moi car ils me faisaient confiance. Je tâchai de garder un visage impassible mais, intérieurement, cette pensée m'émut.
Lorsque je plongeai à nouveau mon regard dans celui de Dirk, j'y perçus une hésitation. Il n'était pas venu pour me parler de la confiance que m'accordait l'équipage du navire.

- J'ai quelque chose à te demander mais je sais que tu ne vas pas m'écouter.
- Dites toujours.
- J'ai promis à ton père que je veillerais sur toi et que je te ramènerais saine et sauve à Hispaniola. S'il t'arrivait quoi que ce soit, je pense que ma vie serait en danger. Or, le fait que tu sois souvent avec Victor...
- Victor ne me ferait jamais de mal, répliquai-je vivement.
- Pour le moment mais à l'avenir, on ne sait pas. Il a déjà tué dans le passé.

Je soupirai et détournai les yeux.

- Il ne peut pas me faire de mal. Même s'il le voulait, il ne pourrait pas.
- Comment peux-tu en être aussi sûre ?
- Dirk, je ne sais pas tout de lui, certes, mais je le connais mieux que n'importe qui sur ce bateau. Et je sais qu'il ne peut me blesser.

Blake piailla faiblement et s'envola vers le mât de misaine. Son propriétaire, quant à lui, éprouvait des difficultés à me regarder droit dans les yeux.

- Tu as l'air convaincu.
- Je le suis. Vous venez de me dire de ne pas douter de mes choix. J'ai choisi de lui faire confiance et je l'assume.
- Tu apprends vite. Néanmoins, n'espère pas que les hommes l'apprécient. Avant que tu n'arrives, Victor nous a joué quelques mauvais tours qui sont restés en travers de la gorge de certains.

Je hochai la tête. J'avais encore beaucoup de questions à poser à Victor. J'étais persuadée que derrière le Voyant protecteur et écorché que je connaissais se cachait un homme bien plus sombre et dangereux. Je n'osais pas l'admettre, du moins, pas devant Dirk, mais il y avait des moments où Victor me faisait peur. Des moments où son passé trouble ressurgissait et s'étalait sur son visage, comme pour me dire de ne pas trop me fier aux apparences. Ces cicatrices sont bien la preuve qu'il n'a pas été qu'un gentil Voyant dans le passé. J'avais très envie de lui poser toutes ces questions, néanmoins, Victor était encore un peu secoué par la visite du château de la Reine, son ancienne fiancée.
Dirk me lança un dernier regard et finit par quitter le bastingage. Il voulait tracer précisément notre chemin jusqu'à la Baie de la Mort et pour cela, il avait besoin d'étudier les cartes maritimes dans son bureau. Il fit trois pas en avant, s'arrêta et se tourna encore une fois vers moi :

- Fais attention à toi, Leanne. Parfois, les gens que l'on connaît le mieux sont ceux que l'on connaît le moins.

Puis, sur cette phrase énigmatique, il quitta le pont.

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Ne jamais regretter. Ne jamais envier.
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Damona Morrigan
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MessageSujet: Re: Lune T2/Chapitre 11   Jeu 11 Sep - 11:18

Le top Vivement la suite de l'aventure !

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Lune T2/Chapitre 11

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