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 Lune T2/Chapitre 12

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quelemondeestbeau
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MessageSujet: Lune T2/Chapitre 12   Jeu 11 Sep - 19:53

XII.
La tempête


- Elijah, Timothy, levez l'ancre !

Dirk allait et venait sur le pont, criant un ordre, resserrant un nœud. Cette vive agitation lui permettait de dissimuler son anxiété à l'idée de quitter Cuba. Les deux jeunes pirates s'exécutèrent sans rechigner. A cette heure-ci et dans de telles circonstances, il était très plutôt risqué de discuter les ordres de Dirk. Il n'était décidément pas du matin.

- Alexander, tu t'occupes du nid-de-pie jusqu'à midi. A midi, Victor prendra la relève.

Alexander hocha la tête et se dirigea prestement vers le mât central. Edmund, quant à lui, fut assigné au gouvernail jusqu'à nouvel ordre. Colin et Dirk se retirèrent ensuite pour discuter en détail du parcours à adopter. Certains pirates restèrent sur le pont pour y travailler tandis que d'autres partirent se reposer. Cette nuit, ce sera leur tour et il ne leur sera pas permis d'être fatigués.
Je tentai vainement d'offrir mon aide mais les hommes me répondirent tous la même chose :

- Tu pourrais te blesser.

Évidemment que je pourrais me blesser. Comme n'importe qui sur ce bateau. N'importe quel pirate travaillant dans les voiles était susceptible de chuter du mât et de se rompre le cou. N'importe qui ici pouvait se blesser. Pourquoi m'écarter ainsi ? Je me sentais terriblement inutile. Néanmoins, personne n'accepta de me laisser travailler. Je finis par abandonner et allai m'asseoir sous l'escalier menant au gouvernail, un livre à la main. A peine vingt minutes plus tard, le Cœur des Caraïbes quitta le port cubain avec à son bord des cœurs angoissés.
Je levai les yeux de mon livre et observai le nid-de-pie à travers les marches de l'escalier. Alexander y était, je voyais ses cheveux noirs onduler au gré du vent. Cela faisait deux jours que nous ne nous étions pas parlés, deux jours sans même nous être dit bonjour ou souhaité bonne nuit. Ce silence commençait à me peser. Il était sur le même navire que moi, jamais très loin mais, pourtant, c'était comme si des milliers de miles nous séparaient. Il me manquait.
Aidan déboula de la cale avec un seau plein d'eau à la main. Le pont était très sale et personne ne s'en était occupé depuis un bout de temps. Je m'avançai, désireuse de parler à quelqu'un.

- Bonjour, fis-je avec un sourire.

Il me salua à son tour avant d'entamer le nettoyage du pont. Je l'observai, amusée : il était facile de voir qu'il n'avait jamais touché une brosse de sa vie.

- Laissez-moi faire, ça ira plus vite.
- Dirk m'a confié cette mission. Je peux le faire.
- Si vous continuez comme ça, vous serez encore en train de frotter ce pont à notre arrivée à la Baie. (Je tendis la main.) Laissez-moi faire, ça ne me dérange pas.

Il hésita, la brosse en l'air, puis la posa dans ma main. Dès qu'elle fut dans ma main, je me mis à frotter énergiquement, dans le but de faire briller les planches. Aidan me regarda, sans rien dire, et jeta un coup d’œil discret autour de lui.

- Si Dirk s'aperçoit que tu fais le travail à ma place...
- Je lui dirai que je vous ai forcé à me donner cette brosse.
- Pourquoi fais-tu ça ? me demanda-t-il après un temps.
- J'ai sûrement plus l'habitude de nettoyer que vous.
- Je ne parlais pas de ça.

Je lui lançai un regard étonné et cessai de frotter.

- De quoi parlez-vous dans ce cas ?
- Pourquoi es-tu aussi gentille avec tout le monde ?

Je le fixai quelques secondes, ne sachant que répondre, avant de reposer les yeux sur le pont en me remettant à frotter. Aidan ne dit rien non plus pendant quelques longues minutes. Il finit cependant par m'avouer :

- Elijah m'a raconté tout ce qui t'était arrivé l'année dernière. Tu as vécu des choses dures. Ça aurait dû te rendre amère. Enfin, reprit-il, c'est généralement ce qui arrive aux gens qui vivent des choses difficiles.
- Ça ne m'a pas rendue amère, c'est vrai. Mais je ne peux pas dire que ça ne m'a rien fait. J'ai vu beaucoup de gens mourir l'année dernière, j'ai vu des cadavres et du sang partout où nous allions. J'ai été choquée par toute cette violence entre êtres humains et j'ai surtout été choquée par la violence venant de l'équipage du Cœur.

Aidan posa sa main sur mon bras, je cessai de frotter. Je plongeai mon regard dans le sien et y lus une sincère compassion. Aidan n'était pas un mauvais bougre, il n'était simplement pas très habile de ses mains.

- Le problème, poursuivis-je, est que la violence fait partie intégrante de la piraterie. Si on ne sait pas se battre et si on est incapable de tuer, la mort est quasiment inévitable.
- C'est pour ça que tu as demandé à Dirk de t'apprendre à te battre.

Je hochai la tête.

- Entre tuer et être tuée, j'ai fait mon choix.

Un long silence s'installa entre nous. Je me remis à frotter le pont, savonnant les planches pour les faire briller. Aidan s'assit en tailleur, les yeux dans le vide. Il semblait encore un peu décontenancé par notre courte conversation et je ne doutais pas qu'il avait des questions à me poser. Ces questions que j'attendais ne tardèrent pas.

- Je ne comprends pas ce qui te pousse à rester à bord du navire alors que tu détestes la violence et le sang. Pourquoi veux-tu être une pirate ? Pour faire comme ton père ?
- Je n'agis jamais « pour faire comme », répliquai-je vivement. Dans le monde pirate, il y a plus que de la violence et du sang. On ne passe pas son temps à se battre et à tuer pour amasser toujours plus de trésors. Il n'y pas que ça. (Aidan me regarda sans vraiment comprendre.) Il y a la solidarité, l'amitié et, surtout, il y a la mer, la belle bleue. Quand on ne se bat pas, on discute et on travaille ensemble. Quand on se bat, on intervient pour aider ceux qui sont en difficulté. La piraterie, ce n'est pas que de la violence même si ça l'est en grande partie.

Le jeune pirate ne répondit rien. Après un temps de réflexion, il finit par bredouiller :

- Ce que tu viens de dire, c'est tellement beau... Tu parles mieux de la piraterie que n'importe qui sur ce bateau. Tu as vraiment ta place dans cet équipage.
- J'en ai fait ma deuxième famille.

Il tendit la main vers la brosse pleine de savon.

- Je crois que j'ai compris comment on faisait.

Je lui rendis la brosse. Il m'adressa un signe de tête, auquel je répondis, avant de frotter énergiquement les planches du Cœur. Je souris et me dirigeai vers le gouvernail en longeant le bastingage. Néanmoins, alors que j'arrivais près des escaliers, je sentis que quelque chose était différent. Le roulis était plus violent que d'habitude et la chaleur humide des Caraïbes s'était estompée. Je levai les yeux au ciel : là d'où nous venions, il était encore bleu mais là où nous nous trouvions, il noircissait à vue d’œil.
Je n'étais pas la seule à avoir perçu ce changement de météo. Plusieurs pirates avaient cessé de travailler et observaient les nuages noirs qui envahissaient le ciel. Partout sur le pont, ce n'étaient que regards soucieux et gestes paralysés. Je posai mes deux mains sur le bastingage. L'eau claquait de plus en fort contre la coque et montait parfois jusqu'à moi. Au loin, des vagues immenses se dessinaient.
Je levai de nouveau les yeux au ciel, sans oser bouger. Un silence de mort s'était abattu sur le pont, nous étions tous dans l'attente. Mais il nous fallait bien admettre l'évidence : nous étions pris dans une tempête. Le tonnerre gronda, menaçant. Soudain, un éclair zébra le ciel, bientôt suivi par d'autres, qui illuminaient la nuit dans laquelle la tempête nous avait plongés.
Il était à présent difficile de rester stable sur le pont, les vagues étaient de plus en plus hautes et de plus en plus fortes. Derrière moi, une vague vint lécher le pont, surprenant plus d'un pirate. Lorsque l'eau se répandit sur le pont, j'aperçus Timothy à plat ventre, trempé. Il se releva rapidement et plaqua ses cheveux mouillés sur sa tête. Du gouvernail, Dirk lança des ordres auxquels je ne compris rien mais auxquels les pirates répondirent de suite. Ceux qui travaillaient dans les voiles avaient quitté leur poste, devenu bien trop dangereux, et avaient rejoint le pont. Alexander avait quant à lui quitté le nid-de-pie.
Une nouvelle vague frappa le pont, à l'avant de la coque. Plusieurs flibustiers la reçurent dans le visage et il leur fallut quelques secondes pour recommencer à obéir aux ordres de Dirk. Quant à moi, je restais accrochée au bastingage, la violence du roulis était telle que je n'aurais pu me déplacer sans tomber. De plus, je n'avais pas la force nécessaire pour aider les pirates dans leurs tâches. Je les voyais tirer des cordes mais ils lâchaient parfois prise à cause du vent. La tempête faisait claquer les voiles, qui menaçaient de se déchirer à tout moment.
La brosse qu'Aidan tenait dix minutes plus tôt roula à mes pieds. Je tendis la main pour la ramasser quand quelqu'un se jeta sur moi et me plaqua au sol. Je me débattis et aperçus Victor au-dessus de moi. Je jetai ensuite un œil derrière lui : une vague venait de s'abattre à l'endroit même où je me trouvais.

- Va te cacher dans la cabine ! hurla Victor pour se faire entendre malgré le bruit de l'orage.

Il m'aida à me relever puis s'élança pour aller aider les pirates. Eux qui d'habitude l'évitaient comme la peste ne refusèrent pas son aide. Toute paire de bras en plus était la bienvenue.
Un cri retentit sur le pont. Les hommes semblaient ne pas l'avoir entendu. Je tournai la tête vers l'endroit d'où avait retenti le cri et hoquetai de surprise. Alexander se tenait dans un coin du navire, tout près des escaliers, et serrait son genou contre lui. Je me dirigeai vers lui, en tâchant de ne pas tomber à mon tour. Lorsque je fus près de lui, je l'aidai à se lever. Lui tenta de retourner travailler mais je voyais bien qu'il peinait à marcher. Je le forçai à s'appuyer sur moi et l'emmenai dans ma cabine. Je ne sais comment nous parvînmes à la cabine sans tomber une seule fois, malgré l'eau qui recouvrait le pont et les secousses provoquées par les vagues. Toujours est-il que nous y parvînmes, trempés mais sains et saufs.
Dans la cabine, Alexander se dirigea vers le lit en boitant et s'y assit avec précaution. Je m'approchai et observai son genou. Il ne saignait pas et rien ne semblait cassé. Une vague vint s'écraser contre l'arrière du bateau et nous secoua violemment. Alexander eut un rictus de douleur.

- Que t'est-il arrivé ? lui demandai-je.
- J'ai perdu l'équilibre à cause du roulis. Puis, j'ai glissé sur une brosse qui n'avait rien à faire là et mon genou a cogné contre l'escalier. (Il esquissa un geste pour se relever.) Je dois y retourner.
- Sûrement pas.

Je m'obligeai à rester assis.

- Ils ont besoin de moi.
- Tu es incapable de marcher sans boiter. Tu ne serais pas plus utile qu'un cul-de-jatte.

Il ne répliqua rien. Je soupirai et m'assis au bureau en regardant les vagues se fracasser contre la fenêtre de la cabine. Heureusement que je n'avais pas le mal de mer.
Ni lui ni moi ne dîmes quoi que ce soit pendant un long moment. Nous avions tous les deux des raisons d'en vouloir à l'autre et nous en avions également tous les deux conscience. La moindre petite accusation déclencherait inévitablement une dispute entre nous. Je ne voulais pas que notre relation arrive à un point de non-retour. Cependant, Alexander finit par briser le silence.

- Leanne, qu'y a-t-il exactement entre Victor et toi ?
- On ne va revenir là-dessus, soupirai-je. Ce n'est pas le moment.
- Je veux juste savoir.

Sa voix était étonnamment calme. D'ordinaire, Alexander était incapable d'évoquer le Voyant et sa relation avec moi sans s'énerver ou hausser le ton.

- Il n'y aura jamais entre lui et moi ce qu'il y a entre nous et tu le sais très bien.
- Tu passes beaucoup de temps avec lui.
- Victor est quelqu'un de... spécial.
- Dans quel sens ?

Je me tournai vers lui, cherchant la réponse la plus adéquate à sa question.

- Il n'est pas comme nous.
- C'est-à-dire ? insista Alexander.
- Je ne suis pas sûre d'avoir le droit de te le dire mais j'en ai assez que tu me soupçonnes ainsi. Victor est un Voyant, c'est-à-dire qu'il peut voir l'avenir. Mais l'avenir qu'il voit est un avenir provisoire, qui change à tout instant selon les décisions et les rencontres que je fais.
- Que tu fais ? me questionna-t-il, véritablement curieux.
- Il est en quelque sorte lié à moi. Cet avenir qu'il voit, c'est le mien.

Alexander hocha lentement la tête. Soudain, une vague frappa si fort le navire que je tombai de ma chaise. Mon ami voulut m'aider à me relever mais son genou douloureux l'en empêcha. Je lui lançai un sourire et me redressai. Par précaution, je choisis de rester assise par terre.
Je savourai ces moments de bonne entente entre nous, sans dispute et sans accusation. Je préférai ne pas évoquer notre relation pour faire durer cet instant simple, comme nous en avions avant d'aller à Port-Royal et de rencontrer cette folle.

- J'aimerais de confier quelque chose, déclara Alexander.
- Un secret ?
- Non, un objet auquel je tiens beaucoup. (Il passa ses mains derrière sa nuque.) En ce moment, entre nous, ce n'est pas facile et je sais que je t'ai dit des choses très dures.
- Je n'ai pas non plus été un modèle de vertu, reconnus-je.
- Je ne veux pas savoir à qui la faute.

Il prit ma main et y glissa un médaillon qu'il venait de détacher de son cou.

- Peu importent les disputes que nous avons eues, mes sentiments vis-à-vis de toi n'ont pas changé.

J'observai le médaillon au creux de ma paume. C'était un fermoir qui rouillait doucement et dans lequel je trouvais un minuscule éclat de diamant.

- Mon père me l'a offert pour mes onze ans. Aujourd'hui, je te l'offre pour que tu te rappelles que je t'aime envers et contre tout.

Je m'apprêtais à répondre lorsqu'on toqua à la porte. En me levant, je constatai que le roulis n'était plus aussi puissant et que la mer était à nouveau une mer d'huile. La tempête s'était calmée pendant que nous discutions.
J'ouvris la porte et me retrouvai face à Victor. Malgré la bonne nouvelle qu'était la fin de cette tempête, son visage était grave. Il nous dévisagea tour-à-tour puis annonça d'une voix sombre :

- Nous sommes arrivés à la Baie de la Mort.

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Damona Morrigan
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MessageSujet: Re: Lune T2/Chapitre 12   Dim 14 Sep - 12:39

C'est un plaisir de te lire sunny

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Lune T2/Chapitre 12

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