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 Lune T2/Chapitre 15

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quelemondeestbeau
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MessageSujet: Lune T2/Chapitre 15   Jeu 13 Nov - 19:48

XV.
La Caverne aux Stalactites


Il faisait très sombre dans le premier couloir de la caverne. Ni Alexander ni moi n'avions pensé à prendre une torche, si bien que nous dûmes évoluer à tâtons. Sous mes doigts, je sentais les aspérités des parois du couloir et frôlais même de temps à autre un stalactite. Soit le plafond n'était pas très haut, soit les stalactites descendaient particulièrement bas. Quoiqu'il en soit, la prudence était de mise dans cette caverne, surtout si elle avait ses propres règles.
Après ce qui me sembla une éternité, nous aperçûmes une lumière au bout du couloir. Grâce à cette lumière, nous pouvions enfin voir les murs qui nous entouraient et les stalactites qui pendaient au-dessus de nos têtes. Alexander cessa de marcher et se retourna vers moi.

- Comment as-tu trouvé cette caverne ?
- Ça n'a aucune importance.
 
L'un des plus longs stalactites descendit d'un coup, gagnant ainsi près de dix centimètres.

- Qu'est-ce que c'était ? demanda Alexander en observant le statalactite.
- Nous devons faire attention à ce que nous disons. La caverne ne supporte pas le mensonge, déclarai-je en reprenant les mots de l'homme mystérieux.
- Donc, j'en déduis que tu m'as menti.
 
Tu déduis bien.
 
Je ne répondis pas et me contentai de regarder les stalactites. Certains étaient à peine sortis de la pierre tandis que d'autres étaient à portée de main. Des gouttes d'eau tombaient le long des parois rocheuses avant d'aller s'écraser au sol.
Alexander ne me lâchait pas des yeux. Je pouvais sentir son regard, aussi brûlant qu'un fer chauffé à blanc. Je savais que je devais affronter ses yeux verts, aussi perçants que ceux d'un aigle. J'avais parfois la sensation qu'il pouvait tout deviner de moi, uniquement par le regard.

- Leanne, fit-il simplement.
- Tu te souviens de la carte qui nous a menés au Château du Val d'Argent ? (Il hocha la tête.) C'est un homme qui me l'a donnée.
- Un homme ?
- J'ignore qui il était et pourquoi il nous a aidés. Toujours est-il qu'il nous a de nouveau aidés en me montrant la caverne.
 
Alexander posa une main sur la roche, stoppant dans sa course une petite goutte d'eau.

- A quoi ressemble-t-il ? m'interrogea-t-il.
- Il est grand et brun et il porte un chapeau à larges bords. Je n'en sais pas plus.
- Tu l'as vu devant la caverne ? (J'acquiesçai.) Je n'ai vu personne quand je suis arrivé.
- Il avait disparu.
 
Il me lança un regard dubitatif.

- Disparu ? Comment ça ?
- Evaporé en un instant.
 
Mon ami jeta un œil aux stalactites. Aucun d'entre eux n'avait grandi pendant mes explications, ce qui prouvait bien que je n'avais pas menti. Sans rien ajouter, Alexander reprit sa marche vers la lumière au bout du couloir. Je lui emboîtai le pas, les yeux rivés au plafond. J'avais vraiment peur que l'un de ces pics de pierre décide de tomber brutalement.
Nous arrivâmes enfin à la source de lumière et donc à la fin du couloir. Ce dernier donnait sur une pièce immense, seulement décorée de milliers de stalactites plus pointus les uns que les autres. Des flaques d'eau s'étendaient de part et d'autre de la salle. Je m'approchai d'une des flaques et retins un cri : un squelette, encore vêtu de ses habits de pirate, gisait là, le cœur transpercé par un stalactite.

- Celui-là a dû dire un mensonge de trop, supposa Alexander en s'approchant à son tour.
 
Il ramassa un chapeau, qui devait moisir depuis des décennies, non loin du squelette et en coiffa le crâne abîmé. Pendant ce temps, je ne fis rien, si ce n'est observer le petit manège d'Alexander. Finalement, il revint vers moi.

- Se taire plutôt que mentir, dit-il. C'est compris ?
 
J'opinai du chef sans commenter. Se taire plutôt que mentir. Jamais une formulation à l'apparence proverbiale ne m'avait paru aussi sensée.
Je lançai un regard tout autour de moi, dans l'espoir de trouver le troisième indice. J'étais intimement convaincue que nous le trouverions dans cette salle. En revanche, je ne voyais rien qui pouvait s'apparenter de près ou de loin à un indice. Je fis quelques pas vers le centre de la pièce. Au milieu des flaques d'eau stagnante se trouvait une dalle ronde, ornée d'écritures. Il était sans doute possible de la déplacer mais deux cadenas dorés y étaient accrochés, rendant tout déplacement de la plaque inenvisageable.
Alexander s'agenouilla et observa les écritures. Je n'avais pas pris le temps de lire ce qui était inscrit sur la dalle. Ainsi, je laissai mon ami les lire à ma place. Lorsqu'il se redressa, il continua à examiner la plaque de pierre.

- Un secret pour un cadenas, lut-il. Puisque qu'il y a deux cadenas, je suppose que nous devons avouer un secret chacun.
- Quel genre de secret ? lui demandai-je.
- Je n'en sais rien. (Il inspira longuement.) Bien, je me dévoue.
 
Il s'avança vers l'un des deux cadenas et s'agenouilla de nouveau. Je le regardai faire, sans un bruit. Alexander s'apprêtait à révéler un secret qu'il ne m'avait jamais confié. L'instant était plutôt solennel.

- Mon nom complet est Alexander Georges Peter Smith.
 
Nous attendîmes un long moment, en silence, les yeux rivés sur le cadenas. Je dois avouer que j'étais amusée par ce secret. Peu de gens portaient autant de prénoms. Finalement, le cadenas ne s'ouvrit pas et Alexander se redressa.

- Je ne comprends pas. C'est un secret que je n'ai jamais dit à personne.
- Alexander Georges Peter Smith, répétai-je, un sourire aux coins des lèvres.
- Ma mère trouvait qu'avoir plusieurs prénoms donnait un côté noble.
 
Il mit ses mains sur ses hanches, perplexe. Autour de nous, les stalactites n'avaient pas bougé et paraissaient nous écouter. Tous ces pics de pierre, qui grandissaient presque par magie, représentaient tous les mensonges prononcés ici, dans les entrailles de cette caverne. Certains menteurs n'étaient jamais ressortis de la grotte, leur mythomanie leur ayant coûté la vie.

- Un secret pour un cadenas... relus-je en suivant du doigt les écritures. Je pense que la caverne nous demande des secrets plus importants, des secrets qui pourraient avoir des conséquences. A mon avis, elle se fiche bien de savoir combien de noms tu portes. (Il haussa les épaules.) Mais je dois t'avouer que moi, je ne m'en fiche pas.
 
Il sourit. J'eus un léger pincement au cœur : ce sourire, je l'aimais tellement. Alexander croisa ensuite les bras, les yeux posés sur la plaque de pierre.

- Bien... J'imagine que la galanterie veut que je te laisse commencer.
- Et moi, j'aimerais que tu oublies la galanterie, juste pour cette fois.
 
Il hocha la tête avec un regard interrogatif. Je savais quel secret j'allais dévoiler et je savais aussi que ce secret allait être lourd de conséquences.

- Sommes-nous vraiment sûrs que nous y trouverons le troisième indice ? me questionna-t-il.
- Le troisième indice est ici.
 
Aucun des stalactites ne réagit. Nous avions donc la preuve que le troisième indice se trouvait sous cette dalle pour l'instant impossible à déplacer. Mon ami fixa soudain un point dans le vide et son visage adopta une mine grave. Néanmoins, je sentais que son secret ne pouvait être plus lourd que le mien.

- Cette femme de Port-Royal... commença-t-il, un peu hésitant. Je t'ai promis que j'avais toujours repoussé ses avances mais, en réalité, je t'ai menti. (Je retins un soupir de tristesse.) J'ai eu une aventure avec elle. Ça n'a duré que deux mois. J'ai fini par prendre mes distances avec elle, elle était trop entreprenante. Elle rêvait déjà mariage et famille. Le problème est que je n'ai jamais pris le temps d'éclaircir la situation entre nous deux. Je suis désolé, Leanne...
- Pas autant que moi, fis-je d'une voix qui sonnait faux.
 
Tandis que le cadenas s'ouvrait doucement, sans un bruit, nous nous toisâmes. Lui s'en voulait, moi, je ne pensais qu'au secret que je m'apprêtais à dévoiler. Il m'était impossible de lui en vouloir, mon secret allait lui faire terriblement mal.
Alexander saisit le cadenas doré et le jeta plus loin. Le petit objet valdingua et se répercuta contre les murs de pierre. Le bruit qu'il provoqua se répercuta dans toute la caverne.

- A ton tour, lâcha Alexander.
- Ce que je m'apprête à te dire va te blesser et te faire culpabiliser. Je te connais par cœur et je sais que tu ressentiras le besoin d'être pardonné par la personne à qui tu as fait du mal. Mais je sais aussi que je tiens à toi alors je te demande de ne rien faire à la suite de ma révélation.
 
Je lui jetai un regard sûrement rempli de doute et de remords. Alexander y répondit et hocha la tête. Cependant, j'étais convaincue qu'il ne réussirait pas à respecter son engagement.

- Tu te souviens, il y a un an, nous étions ici, à la Baie de la Mort. Le Lost Soul venait d'être coulé par l'équipage du Cœur et tu faisais partie des seuls survivants. Plus tard, nous étions assis sur les rochers. C'est à ce moment-là que tu m'as confié que tu avais tué une femme enceinte. (Je vis passer dans le regard de mon ami une vive douleur.) Ce que tu ne savais pas à l'époque et que j'ai appris récemment, c'est que cette femme enceinte était mariée à un homme que nous connaissons très bien. C'était la femme de Dirk.
 
Ma dernière phrase eut l'effet d'un coup de poignard pour Alexander. Il eut brusquement le souffle court et ressentit le besoin urgent de s'asseoir. Les pieds dans une flaque d'eau, il laissa aller son regard effaré de stalactite en stalactite. Je crus même apercevoir une larme perler à son œil gauche.

- Pourquoi ne me l'as-tu pas dit plus tôt ?
- Dirk et toi êtes deux personnes qui comptez véritablement pour moi. Si je te l'avais dit à bord du bateau, tu serais allé voir Dirk et il m'aurait fallut choisir un camp.
- Ça ne répond pas à ma question. Tu ne parles que des conséquences te concernant. Et moi alors ? Ce que je ressens, tu t'en moques ?
- Tu sais bien que non.
- Alors pourquoi n'as-tu rien dit ? s'énerva-t-il.
 
Le deuxième cadenas gisait grand ouvert sur la dalle de pierre. Je le repoussai du pied.

- Parce que ça t'aurait fait du mal et que ça aurait rouvert de vieilles blessures. Tu regrettes déjà tellement, je ne voulais pas en rajouter...
- C'est dans la douleur que l'on grandit, tu le sais aussi bien que moi.
- Je m'en veux, Alex. J'aurais dû te le dire mais je...
 
Il leva la main pour me demander de ne rien rajouter. Ses doigts tremblaient et son regard était vide. Je devinai que son esprit rejouait le jour où il avait tué Milah et son bébé. Le jour où les remords avaient commencé à le dévorer, doucement mais sûrement.
Alexander désigna la dalle, désormais déplaçable, de la main. A nous deux, nous parvînmes à la soulever et à dégager le passage qui se situait juste en-dessous. Pendant toute la manipulation de la plaque de pierre, mon ami ne me regarda pas, se contentant de quelques brèves indications concernant la marche à suivre. Je sentais sa colère et sa déception, qui était bien pire que sa colère. Ma révélation avait gravement endommagé notre relation, déjà assez amochée.
Sous la dalle se trouvaient un tunnel, creusé à même la pierre, et une échelle qui permettait de descendre le long de ce tunnel. Alexander descendit en premier et m'appela lorsqu'il fut sûr qu'il n'y avait aucun danger. Je descendis à mon tour et arrivai dans une nouvelle salle, beaucoup plus petite. Il n'y avait aucun stalactite au plafond et aucune flaque d'eau stagnante. En revanche, nous trouvâmes un coffre, posé bien en évidence sur une table en bois, rongée par les mites.

- J'espère qu'il n'est pas fermé par un cadenas, déclarai-je en observant le coffre.
- Je l'espère aussi. Je risquerais d'apprendre d'autres choses assez désagréables, rétorqua-t-il.
 
Je ne réagis pas à sa remarque et reportai mon attention sur le petit coffre. C'était un élégant coffret, serti de petits cristaux blancs et recouvert de velours noir. J'y posai mes mains et entrepris de l'ouvrir. Alexander s'interposa en m'empêchant de l'ouvrir.

- On ne sait pas ce qu'il renferme.
- Peut-être mais je suis persuadée que nous y trouverons le troisième indice.
 
Je ne l'aurais jamais avoué mais son élan protecteur m'émut. Mon ami s'écarta du coffre et me laissa agir comme bon me semblait. Je ne réfléchis pas très longtemps avant de me décider. J'ouvris le coffret avec douceur, craignant malgré tout son contenu.
Alexander lâcha un sifflement admiratif. Dans le coffret, près d'une vingtaine de rubis était entassée, tous plus étincelants et brillants les uns que les autres. Il en prit un, le fit rouler entre ses doigts et le reposa dans le coffret. Quant à moi, je tentais de comprendre. Ce coffre rempli de rubis était notre troisième indice. Mais quelle destination ces rubis pouvaient nous indiquer ? Je me savais suffisamment intelligente pour comprendre mais la réponse n'était pas aussi évidente qu'elle ne l'avait été avec la sirène en bois à Cuba. Au regard d'Alexander, je compris qu'il était tout aussi perdu que moi.

- Une vingtaine de vrais rubis, réunis dans un coffret en velours, caché dans la Caverne aux Stalactites. Cet indice n'a aucun sens.
- Il en a forcément un. Il nous reste à trouver lequel.
 
Alexander s'appuya contre le mur.

- Ce ne sont que de vulgaires pierres rouges. Je ne comprends pas l'intérêt de cet indice.
 
Je marquai un temps d'arrêt.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ?
- Que je ne comprenais pas l'intérêt de cet indice.
- Non, avant.
- J'ai dit que ce n'étaient que de vulgaires pierres rouges.
- Des pierres rouges...
 
Bien sûr, c'était tellement évident à présent. Comment avais-je pu passer à côté d'une telle évidence ?

- Des pierres rouges*, répétai-je encore une fois. Nous devons retrouver le Red Stone.
- Le Red Stone ? Tu en es sûre ?
- Certaine. Sortons d'ici et allons retrouver l'équipage.
 
Je saisis une pleine poignée de rubis, le visage éclairé d'un sourire radieux, et gravis l'échelle pour retourner dans la grande salle de la caverne. Finalement, cet indice n'avait pas été si compliqué à comprendre. Une seule chose m'inquiétait à présent : le plus difficile ne sera pas de naviguer jusqu'au Red Stone. Le plus compliqué sera de savoir où se trouvait le Red Stone à l'heure actuelle.
*Pierres rouges se dit red stones en anglais.

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Damona Morrigan
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MessageSujet: Re: Lune T2/Chapitre 15   Ven 14 Nov - 10:51

Excellent toujours aussi captivant et j'ai hâte de découvrir la suite !
Love ! You are the best

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Lune T2/Chapitre 15

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