..Je feuillette un vieil album photo, mon regard est attiré par une petite fille, des étoiles pleins les yeux, sous un sapin illuminé…
…24 décembre 1960 et quelques, je regarde les enfants jouer au dehors. Ils font des bonhommes de neige et ont l’air de bien s’amuser. Une fois de plus, je ne suis pas de la partie. Ma mère ne veux pas que je sorte, une mauvaise toux. Je quitte la fenêtre et m’installe à la table de la salle à manger, je sais déjà comment la journée va se dérouler. Mon père va rentrer plus tôt que les autres jours, un sapin sous le bras. Je lui effleurerais la joue, en me mettant sur la pointe des pieds et sentirais la bonne odeur de chocolat qu’il dégage (il travaille dans une fabrique de chocolat depuis si longtemps que tous ses pores sont imprégnés par cette délicieuse odeur) mais aujourd’hui je sentirais en plus la bonne odeur du sapin. Il dira à maman « c’est tout ce que j’ai trouvé et je l’ai eu à un bon prix ». C’est vrai qu’on n’avait pas de Nordmann qui ne perdaient pas leurs aiguilles (trop cher !) et pas de sapin en plastique (ca n’existe pas encore). On le décorera avec les boules qui sont remisées dans leur boîte au-dessus de l’armoire et moi, en attendant, je vais faire ce que la maîtresse m’a appris cette semaine : un ange en papier .
Je trace des ronds à l’aide du compas de mon frère et j’essaye au mieux de les découper (faut dire que je ne suis pas très adroite). Voilà, le découpage est réussi je n’ai plus qu’à le colorier. Ma boîte de Caran d’Ache que je ne sors que dans les grandes occasions est prête avec toutes ces couleurs magnifiques . Et je colorie mon ange, lui fais un visage et des cheveux. J’ai mis longtemps à comprendre pourquoi ma boîte contenait un crayon blanc mais j’ai fini par trouver : comme ca j’étais la seule à savoir ce que j’avais dessiné. Et c’est d’une robe constellée d’étoiles blanches que je l’ai habillé, mon ange.
On dit qu’en hiver les journées sont très courtes, ce n’est pas vrai, je trouve que le 24 décembre est la journée la plus longue de l’année.
Le sapin est prêt, les bougies sont allumées et on frappe à la porte. Vite, il faut que nous allions dans la chambre, c’est le signal du Père Noël et on n’a pas le droit de le voir !
Au bout d’un moment qui me paraît interminable, mon père vient nous chercher et nous trouvons au pied du sapin, chacun son paquet. Le mien n’a pas la même forme que les autres années, et je sais que ce n’est pas une poupée. Une lueur d’espoir m’anime aurais-je enfin cette année le cadeau que je désire tant ? Ce n’est pas de ma faute si je ne suis pas comme les autres petites filles : je n’aime pas les poupées . Je déballe vite mon paquet et, oh joie j’y découvre l’objet que je convoitais tant devant le magasin de jouet : une voiture en fer blanc rouge avec des roues blanches . Une jolie dame blonde est assise au volant. Oh je sais bien comment ca marche. Il suffit d’introduire la clef en forme de papillon dans le trou, de remonter et elle tourne, elle tourne la voiture avec sa conductrice.
Je fais un clin d’œil à l’ange et à sa robe étoilée, heureuse…
…Je referme l’album photo, et une larme coule sur la couverture de mes souvenirs…