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 La spirale de l'oubli Part 1

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Damona Morrigan
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MessageSujet: La spirale de l'oubli Part 1   Sam 12 Avr - 14:26

La spirale de l'oubli - Part 1

Ses paupières lourdes luttaient pour ne pas succomber à l’appel du sommeil que son corps réclamait depuis des heures. En aucun cas et surtout pas maintenant, le jeune moine du prieuré de Luréalone ne pouvait abandonner l’objectif qu’il s’était fixé. Trois ans auparavant lors de ses vœux de quitter son foyer et sa famille pour entrer dans les ordres des frères de l’abbaye de Saint Mickaël située à quelques kilomètres au nord dans la ville de Mont La Forteresse, le grand abbé l’avait questionné sur les dons qu’il possédait et qu’il souhaitait mettre au service de Dieu. Le jeune homme visiblement embarrassé, confus et d’une timidité assez prononcée ne sût que répondre. Il n’avait pas d’aptitude spéciale dans un domaine défini. Il connaissait un peu le métier de bâtisseur de par son père, un grand maître dans son temps mais la construction ne l’intéressait guère bien qu’il fût instruit à l’écriture et à l’art du dessin. Ses deux frères ainés s’étaient lancés dans le sillon de leur géniteur et avaient bien réussi à la plus grande joie et satisfaction de ce dernier. Ils avaient acquis de l’expérience, avaient grandi en force et en savoir. Leurs renommées aux fils des années ne faisaient que s’accroître dans la région et ils ne manquaient pas de le rappeler à leur frère cadet à la moindre occasion qui se présentait pour prouver leur valeur et en le ridiculisant comme ils le faisaient déjà quand ils étaient enfants. Le jeune Drusdan ne supportait plus le regard des villageois posés sur lui à chaque fois qu’il sortait de la maison, ni les rires moqueurs qui s’élevaient derrière son dos. Quand il sentait ses joues rondes s’empourprer de honte et de colère  il courait se réfugier dans la boutique de sa grand-mère. Il se sentait en sécurité auprès d’elle. Elle avait une infinie tendresse pour lui et lorsqu’elle voyait que des larmes lui montaient aux yeux elle le laissait s’empiffrer de toutes les sucreries dont il avait envie pour apaiser son chagrin. Quand il quittait ce palais des friandises, le cœur un peu plus léger il pensait à sa mère. Sa plus grande peine était celle qu’il lisait dans ses yeux, une tristesse profonde qu’elle essayait de lui cacher au mieux qu’elle pouvait. Il les aimait toutes les deux. Ainsi un beau matin il se mit en route pour le prieuré en laissant derrière lui Crevure son chat, son tambour et ses baguettes.

Après s’être consacré aux tâches ingrates entrecoupées par des prières interminables depuis le chant du coq aux hululements des chouettes les deux premiers mois passés sous les ordres du prieuré il fût convoqué à l’abbaye de Saint Mickaël où il prononça ses vœux devant le Seigneur et devînt le frère Daniel. Le grand abbé avec les autres membres de la communauté décidèrent unanimement après une brève délibération de le renvoyer au prieuré en lui confiant la mission laborieuse de restaurer des ouvrages anciens oubliés depuis des années dans un coin de leur bibliothèque. Il revînt à Luréalone à la nuit tombée. Comme il avait plu toute la journée son voyage du retour dura bien plus longtemps qu’à l’allée. Les roues de sa charrette s’étaient embourbées sur le chemin de terre à plusieurs reprises et  il eut du mal à faire avancer le bœuf trop âgé qui peinait sous le poids de sa charge avec ses pattes ankylosées à force d’avoir patauger dans la boue. Il avait eu pitié de cette pauvre bête et prenant son mal en patience il la laissa se reposer alors qu’il bravait le froid et l’humidité sans aucune autre protection que celle de son dieu. Lorsqu’il comprit qu’il n’arriverait au prieuré que très tard dans la nuit et qu’il n’aurait rien à se mettre sous la dent avant le lendemain matin alors que son estomac criait famine il laissa tout de même échapper quelques jurons et s’en prit à tous les gens qu’ils connaissaient en passant par ses frères, son père, presque tout le village puis son chat, le bœuf, la charrette, la male qui abritait les livres, les pierres, le vent, la pluie, bref tous étaient coupables de sa fâcheuse situation.  Il faillit même dans la foulée emporté par une de ses grosses colères habituelles maudire le tout puissant lorsqu’enfin et fort heureusement à ce moment précis l’animal dans un dernier effort arriva à faire avancer cette détestable charrette. Il se jura de ne plus entreprendre de voyage dans les trois années à venir, le temps de s’adonner entièrement à sa mission et de la mener à bien. Il renonça non seulement de prendre la route mais décida de ne plus se déplacer du tout. Lorsque c’était son tour de chercher des provisions ou du matériel au village, ou bien lorsqu’il était désigné aux corvées ou encore dérangé par un membre de l’ordre, il entrait dans une rage folle en hurlant et en accusant ses frères de vouloir le retarder dans l’exécution de son travail et ainsi le mener délibérément à sa défaite par jalousie ou pour d’autres raisons qui lui traversaient l’esprit. Avec le temps, les frères ne l’approchaient plus, à moins d’y être contraints par le prieur qui lui-même l’évitait au mieux. Le frère Daniel, dans sa petite pièce aménagée dans les combles du prieuré, du matin au soir, chaque jour y compris celui du Seigneur se coupait davantage de l’extérieur en se contentant de vivre une vie de solitaire libéré de toute contrainte et tout autre problème que ceux liés à son labeur.

Aussi proche qu’il était d’achever sa mission, il ne tenait plus. Angoissé à l’idée de s’endormir au-dessus du dernier livre de la collection de l’abbaye Saint Mickaël qu’il était sur le point de finir et de l’abîmer dans son sommeil il décida de prendre une courte pause, histoire de se dégourdir un peu les jambes pour visiter la cuisine au rez-de-chaussée, maintenir ses sens en éveil  et occuper son esprit pour qu’il ne sombre pas. Arrivé aux bas des marches en longeant le corridor l’odeur du pain frais lui chatouilla les narines et son estomac lui ordonna de presser le pas pour engloutir au plus vite un morceau encore chaud de la première fournée du frère boulanger. Il déboucha devant les fourneaux, prit une serviette pour attraper la mie qui reposait depuis peu sur la table, ressortit aussitôt avant que le frère n’eut le temps de se retourner, décrocha à son passage dans le garde-manger un morceau de viande séchée avant de se précipiter vers l’escalier afin de regagner sa chambre ni vu ni connu et de s’y enfermer. Il déplaça son tabouret près de la fenêtre ouverte, y posa le pain en dépliant la serviette pour le laisser refroidir et la viande à côté. Il se servit un verre de vin rouge et s’adossa contre le mur le regard perdu dans la nuit qui se prolongeait par ce matin frais de novembre.
Enfin, songea-t-il, il allait pouvoir se reposer, son travail reconnu et, qui sait, ainsi être admis à l’abbaye de Mont La Forteresse. Il n’avait pas porté d’importance aux bruissements dans les buissons du jardin de l’arrière-cour jusqu’à ce qu’il comprenne que deux ronds scintillants sous les reflets de la lune semblaient le fixer depuis un long moment. Intrigué, il plissa les yeux mais ne put distinguer rien de plus dans le noir. Alors par habitude ou par instinct, il se mit à appeler
- Hé la crevure que fais-tu dehors par ce froid ?
A peine avait-il prononcé ces mots que l’animal sortit des buissons. Surpris d’abord le frère Daniel resta quelques secondes immobiles, bouche bée à regarder la bête répondre à son appel par des miaulements rauques, le nez levé vers la fenêtre de sa chambre.  Il recula d’un pas, secoua la tête, grimaça en se convainquant que ceci n’était pas possible, qu’il était en train de délirer ou pire, qu’il s’était endormi et se trouvait dans l’un de ses rêves. Il respira profondément, pivota vers le fond de la pièce et risqua un coup d’œil sur la table. Le livre était toujours là, intact, à attendre la touche finale avant de reposer en sécurité dans la male parmi tous les autres ouvrages brillamment restaurés. Il s’occuperait de la crevure plus tard, il y avait plus urgent dans l’immédiat à faire que de se laisser distraire par un chat aussi têtu qu’idiot pour avoir parcouru tous ces kilomètres et  avoir oser le déranger à un moment crucial de son existence. Son ventre lui aussi pouvait attendre, il ne lui restait qu’une petite demi-heure pour effectuer les finitions. Il puisa dans ses dernières forces la motivation et la détermination pour s’activer à l’achèvement de sa besogne car il avait hâte d’en finir une fois pour toute. Après une vingtaine de minutes, le frère Daniel examina minutieusement les retouches effectuées par ses mains expertes. Il était satisfait de son travail de restauration. Il se leva,  posa le livre sur la male, y saisit au passage un morceau de pain et de viande qu’il prit le temps de savourer avant de lever son verre de vin en s’adressant à haute voix au tout puissant
- Mon Seigneur voyez ce que j’ai accompli selon votre volonté et à la gloire de l’abbaye de Saint Mickaël à la sueur de mon front et le sa…
Le frère Daniel ne put achever sa phrase, une voix étrange venait de lui couper la parole.
- Chapristi, chacrilège par mes vibrisses chacrées qu’avez-vous fait !
Sous le choc, le jeune moine lâcha son verre qui se brisa en morceaux à ses pieds. Le vin avait éclaboussé le livre sur le dessus de la male et filtrait à présent à travers les fines rainures entre les planches de bois usées du couvercle. Le temps de réaliser ce qui venait de se passer et de vouloir sauver ce qui était encore possible de sauver, le frère Daniel n’eut pas le réflexe d’empêcher ce maudit chat de s’emparer du dernier ouvrage qu’il n’avait pas pris la peine de ranger avant de s’enfuir par les escaliers.

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lutece
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MessageSujet: Re: La spirale de l'oubli Part 1   Mar 15 Avr - 13:37

Superbe cette nouvelle!! Vite, la suite! sunny Bisou de coeur

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Damona Morrigan
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MessageSujet: Re: La spirale de l'oubli Part 1   Mar 15 Avr - 17:07

Je mets la suite rien que pour toi Lutèce !!!

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MessageSujet: Re: La spirale de l'oubli Part 1   

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